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Daiquiris, piscine, Trump... et un devin de la Pennsylvanie en vacances

CHRONIQUE / Il s’appelle Erik. Je ne sais même pas son nom de famille. Tout ce que je sais, c’est qu’il habite en Pennsylvanie, qu’il est plutôt d’allégeance républicaine et qu’il aime les Spicy Mezcalitas.

Daiquiris, piscine, Trump... et un devin de la Pennsylvanie en vacances
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CHRONIQUE / Il s’appelle Erik. Je ne sais même pas son nom de famille. Tout ce que je sais, c’est qu’il habite en Pennsylvanie, qu’il est plutôt d’allégeance républicaine et qu’il aime les Spicy Mezcalitas.

Alors qu’on parlait de la guerre en Iran et de la confusion qui règne dans la gestion de ce conflit, mon interlocuteur me prévient: Trump va bientôt trouver un moyen de détourner l’attention. «Il va revenir sur l’élection volée ou sur l’annexion du Groenland.

Quelque chose du genre.» Accoudé au bar de la piscine d’un complexe hôtelier de Isla Mujeres, au Mexique, Erik a poliment amorcé une conversation quand je suis allé commander mon drink et que je répondais au barman mexicain qui me demandait d’où je venais.

«I’m from Canada», répondis-je en anglais parce que je n’étais soudainement plus assez certain de mon traditionnel «Soy de Canadá». L’effet du daiquiri, sans doute. Vous le comprenez, j’arrive d’une semaine de vacances au Mexique.

Mauvaise idée, le Mexique en été. Il faisait autour de 34 degrés Celsius et près de mille degrés avec l’humidex. C’est quand même fou tout ce qui peut se dire en quarante minutes de conversation avec quelques verres dans le nez. L’improbable conversation politique était, ma foi, fort intéressante. L’homme est un entrepreneur de Pennsylvanie, donc.

J’ai présumé que c’était en construction. Sa conjointe — j’ai présumé qu’elle l’était — profitait du soleil un peu plus loin. Au fil de la discussion, on a abordé toutes sortes de sujets: la guerre en Iran, les tarifs douaniers imposés au Canada, les allusions au 51e État, les menaces contre le Groenland, l’ego surdimensionné de Trump... C’était passionnant.

«Normalement, je me considère comme un républicain. Ma famille a toujours voté pour les républicains et le parti correspondait à mes valeurs. Maintenant, j’ai de plus en plus de difficulté à

m’identifier comme républicain quand je vois ce que fait l’occupant de la Maison-Blanche.» Je le cite approximativement. Je n’avais ni carnet de notes, ni mon

téléphone pour enregistrer. C’était une conversation de jeunes quinquagénaires en vacances.

Mais je suis aujourd’hui surpris par sa lucidité. Une adresse à la nation pour parler des vulnérabilités du système électoral états-unien, c’est exactement ce qu’a fait Donald Trump jeudi soir. Trump est reconnu pour sa capacité

à imposer ses propres sujets dans le cycle médiatique. Lorsqu’un dossier devient politiquement coûteux, il n’hésite pas à déplacer le débat vers un terrain qu’il maîtrise davantage.

L’intégrité électorale constitue depuis dix ans l’un des thèmes les plus mobilisateurs auprès de sa base électorale. En occupant l’espace médiatique avec ce sujet, il réduit inévitablement le temps consacré aux difficultés de sa politique étrangère. En présentant ce qu’il considère être les principales failles dans le système électoral et en accusant la Chine d’ingérence dans un tel processus, Trump a voulu monopoliser l’attention.

Certains grands réseaux, notamment ABC, NBC et CNN, ont refusé de céder les ondes au président, évoquant sa fâcheuse habitude à présenter des faits erronés lorsqu’il est par exemple question de la manipulation électorale. Dans son discours d’un peu plus de 25 minutes, Trump a de nouveau martelé ses accusations — jamais prouvées cependant — selon lesquelles l’élection présidentielle de 2020 avait été pervertie par une fraude massive au profit de Joe Biden.

Malgré cette obsession qu’il entretient, les conclusions d’experts, d’instituts indépendants et des tribunaux n’ont pas permis de démontrer quelque fraude ayant pu compromettre les résultats électoraux. Soyons clairs: l’intervention de Trump jeudi soir avait aussi pour but de mettre la table pour les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre prochain. Bon nombre de démocrates ont d’ailleurs soulevé le fait que cette adresse à

la nation et cette promesse de révélations troublantes ne servaient qu’à jeter le discrédit général sur le système électoral. Sans doute afin de pouvoir contester d’éventuels échecs de ses protégés... Chuck Schumer, leader de la minorité

démocrate au Sénat, a sans doute été celui qui a le mieux résumé la manœuvre. «Ce soir, vous allez entendre un Donald Trump faible et agité, avec un programme profondément impopulaire, qui sait qu’il se dirige vers une défaite cinglante en novembre», a-t-il exposé sur les réseaux sociaux. «Sa réponse à cette punition imminente?

Abattre toutes les cartes pour tricher, saper le droit de vote, et truquer les élections de mi-mandat en sa faveur», a ajouté le sénateur de l’État de New York. Schumer était au moins aussi lucide que mon improbable ami pennsylvanien... Les pieds dans l’eau et la casquette vissée sur la tête, Erik était persuadé que le contexte de la guerre en Iran allait provoquer un tel coup d’éclat.

Depuis plusieurs semaines, la guerre avec l’Iran ne se déroule pas comme l’administration Trump l’avait laissé entendre au début du conflit. Le coût économique est important, les tensions persistent dans le détroit d’Ormuz et le débat public s’est déplacé vers les objectifs réels de cette guerre et sa durée potentielle. Il fallait soudainement donner un autre os à gruger aux journalistes et aux commentateurs politiques.

Sur le plan stratégique, on peut quand même se demander si cette intervention soudaine pourrait avoir un impact négatif sur sa propre base de fidèles. Si on cherchait à démontrer qu’il y avait des failles dans le système électoral, cela pourrait en inciter plusieurs à tout simplement ne pas aller voter en novembre, ce qui aurait probablement l’effet contraire à

celui recherché. Un républicain déçu de Pennsylvanie, ce n’est pas un échantillon très représentatif de l’électorat états-unien. Mais si j’ajoute à ses propos les commentaires de cet autre homme du Michigan qui se confondait en excuses au nom de «son» président pour tout ce qu’il fait subir aux voisins et aux amis canadiens, et si j’ajoute aussi les discussions que j’ai pu avoir avec d’autres résidents des États-Unis que j’ai croisés, je me rends compte qu’il y a un réel malaise.

En clair: il n’y a pas grand monde qui apprécie ce que Trump fait subir au Canada ou la façon dont il traite les leaders politiques canadiens. *

* * Quelques jours avant les prédictions étonnantes d’Erik le devin, j’étais à Cancún, à quelques kilomètres d’Isla Mujeres sur la terre ferme. Un des bars de l’hôtel tout-inclus s’appelle le «Champions» et diffuse, vous vous en doutez bien, des événements sportifs.

Le 6 juillet, c’est là que se sont rassemblés plusieurs clients de l’hôtel pour assister au match de foot entre les États-Unis et la Belgique. Autour de moi, une soixantaine de partisans de l’équipe états-unienne. Une table de Néerlandais semblait avoir un penchant pour leurs voisins belges mais se faisaient plutôt discrets.

Moi qui suis d’ordinaire plutôt discret dans de tels rassemblements, je me faisais un malin plaisir, cette fois, à célébrer bruyamment chacun des quatre buts des Diables rouges dans leur victoire écrasante sur nos voisins du sud. Mon conjoint

étant belge et résident permanent du Canada depuis dix ans, il était naturel que je prenne pour la Belgique. Même si nous ne sommes pas des fans finis de football, Anthony et moi avons l’habitude de suivre les prouesses de l’équipe nationale belge lors de l’Euro ou de la Coupe du monde.

C’était devenu assez rigolo. Et plutôt sympathique. Je

n’ai jamais craint pour ma sécurité... Après le troisième but de la Belgique — celui de Vanaken si ma mémoire est bonne — j’y suis allé d’une soudaine exclamation de joie qui a surpris mes voisins et qui a suscité fait rigoler les partisans des États-Unis assis aux autres tables.

Une fois passée la déception du but adverse, un des clients me demande, à la cantonade: «Are you from Belgium?» «No, I’m not!»

répondis-je aussitôt. «Then where are you from?» me demande le même type, le visage rougi par un coup de soleil sans doute récolté plus tôt dans la journée et la voix tonitruante boostée par la Dos Equis qui coulait à flots.

Avec une indicible fierté, j’ai osé me lever de mon siège — les drinks ont peut-être aidé un peu — et j’ai proclamé, haut et fort, un peu à la manière de Joe dans les vieilles publicités de Molson: «I am Canadian!». Ç’a bien fait rire les personnes à ma table et aussi, je dois le dire, les spectateurs curieux de savoir qui était l’unique partisan de l’équipe belge.

Croyez-le ou non, une fois le match terminé, trois clients qui avaient suivi le match sont venus échanger avec moi et avec les quelques autres personnes assises à ma table. Un couple de l’Arizona et un homme dans la trentaine de je ne sais où. Mais lui aussi venait des États-Unis.

À tour de rôle, ils me disaient à quel point ils comprenaient pourquoi je prenais pour la Belgique — alors qu’en fait, ils ne savaient rien de ma vie conjugale et de mon penchant pour tout ce qui est belge. Le couple de Scottsdale se confondait en excuses.

L’autre gars me disait que lui et son épouse planifiaient un voyage au Canada et qu’il trouvait fascinant de voir comment les Canadiens se serrent les coudes devant l’adversité. Ça commence à faire pas mal de monde qui n’est pas d’accord avec les attaques de Trump et sur la façon dont il traite la nation voisine. Ça m’a

démontré que peu importe les frasques de leur président au teint orangé, beaucoup de citoyens des États-Unis ont toujours du respect pour leurs voisins, leurs alliés et leurs amis. Et ça a quelque chose de très rassurant.

Published
Jul 17, 2026
Updated
Jul 17, 2026
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Le Soleil
Category
Politics
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SectionPolitics
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PublishedJul 17, 2026
UpdatedJul 17, 2026

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PublishedJul 17, 2026, 1:59 PMThis story was published by BC Post.
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Le Soleil Published Jul 17, 2026 Imported Jul 17, 2026
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Le Soleil Jul 17, 2026
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